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ARIYAVASA SUTTA
Discours du Vénérable Mahasi Sayadaw Traduit par Vipassanasangha ______________ Un sutta est un
enseignement du Bouddha. Dans le sutta Ariyavasa, le Bouddha dit « Oh
moines, les Ariyavasa dhammas, c’est-à-dire la demeure des Saints est de 10
sortes. Les Saints ont vécu dans ces lieux auparavant, ils y vivent toujours
et y demeureront dans le futur ». Ariya signifie une
personne Sainte, qui a atteint au moins un des quatre stades de sagesse de la
voie sainte ; avasa signifie domicile, demeure ; ainsi Ariyavasa veut
dire la demeure des personnes Saintes. Le sutta Ariyavasa
s’adresse aux moines. Il y a deux sortes de moines : le sutta-bhikkhu et
le vinaya-bhikkhu. Le sutta-bhikkhu est toute personne qui met en pratique
les enseignements du Bouddha (le Dhamma) pour se libérer du cycle des
naissances (samsara). Il n’est pas nécessairement membre d’une Sangha, il
peut être deva ou une personne laïque. La pratique du
Dhamma permet au méditant de purifier ses impuretés. Par la pratique de la
moralité, le méditant s’efforce de ne pas créer d’impuretés comme l’avidité,
la haine, etc… qui conduisent à tuer, voler et à commettre de mauvaises
actions. Le méditant qui développe la concentration surmonte les accès
d’avidité et de haine, etc… qui demeurent dans notre inconscient. Finalement
le méditant éradique les impuretés par le développement de la connaissance
expérimentale et de la sagesse. Chaque moment d’attention équivaut à la
destruction graduelle des impuretés latentes. C’est comme couper un morceau
de bois avec une petite hache, chaque coup de hache aidant à se débarrasser
des indésirables morceaux de bois. A chaque fois que
le méditant focalise son attention sur un phénomène physique ou mental
apparaissant d’un contact des sens avec un objet extérieur, les impuretés
s’affaiblissent et deviennent inopérantes. Un tel méditant est un
sutta-bhikkhu. Le vinaya-bhikkhu,
quant à lui, est un moine qui mène une vie basée sur les règles monastiques. Bhikkhu est un
terme qui s’applique à tout être humain, homme, femme, brahmâ, deva, qui met
en pratique le Dhamma : les enseignements du Bouddha. Le Bouddha a prêché
l’Ariyavasa sutta pour que nous puissions vivre dans la demeure des Saints,
en sécurité et protégé des dangers du samsara, la ronde des naissances
successives. Les périls du
samsara sont encore plus terrifiants que ceux qui guettent une personne ne
vivant pas dans une maison bien protégée. Ils nous suivent d’une existence à
l’autre. On peut se retrouver dans les mondes inférieurs comme un peta ou un
animal et souffrir pendant de nombreuses années, ou bien renaître en tant que
pauvre et misérable homme ayant à faire face à beaucoup d’épreuves, à la
vieillesse, à la maladie et à la mort. Ce sont les dangers du samsara qui
guettent continuellement ceux qui ne vivent pas dans la demeure des Saints et
qui ne pratiquent pas l’Ariyavasa dhamma. Il y a dix Ariyavasa dhammas. Le premier est
l’éradication des cinq empêchements. Le second est le contrôle des six sens.
Le troisième est la présence du garde qu’est l’attention. Le quatrième est
que le méditant qui vit dans la demeure des Saints doit avoir quatre
soutiens. Le cinquième est que le méditant doit avoir renoncé à toutes
fausses doctrines. Le sixième appelle le méditant à abandonner toute quête.
La quête de quelque chose signifie un manque d’auto-satisfaction, alors que
l’abandon de toute quête est un signe de non-attachement et
d’auto-réalisation. Le septième est que l’esprit du méditant n’est pas confus
mais pur et clair. Le huitième est la possession de la tranquillité du corps.
Les neuvième et dixième ariyavasa dhammas sont un esprit totalement libéré et
la connaissance qu’on est totalement libéré des impuretés. Ces deux dhammas
sont liés. Une fois que l’esprit est totalement libéré, s’ensuit la
conscience d’une telle libération. Nous commencerons
par le troisième dhamma : l’attention, qui est la clé pour comprendre
l’Ariyavasa sutta. L’attention est essentielle pour la pratique de
l’Ariyavasa dhamma. L’Arahat est attentif juste avant de s’endormir et dès
qu’il se réveille. Il est toujours attentif quoi qu’il fasse, dise ou pense. L’attention ne se
développe pas soudainement seulement après avoir atteint le stade d’Arahat.
Elle se développe petit à petit en faisant des efforts et en pratiquant. Elle
est déjà bien établie au stade d’Anagami avant que le méditant devienne un
Arahat et cela est dû à l’entraînement au stade de Sakadagami. A ce stade
également le méditant possède l’attention car il l’a développée au stade de
Sotapanna. Un Sotapanna est un
méditant au premier stade de la Noble Voie. Il n’est pas encore libre de
l’avidité, de la haine, de l’ignorance et de l’orgueil, mais ces tendances
malsaines ne sont pas assez fortes pour le conduire à tuer, voler, etc… Il
est attentif et l’attention le garde. Le Bouddha dit « Un Sotapanna
évite de commettre des mauvaises actions qui le conduiraient dans les mondes
inférieurs. Donc il ne renaît pas longtemps ». Ainsi vous devriez avoir
foi envers le Bouddha et méditer sérieusement. Lorsque vous aurez
fait des progrès en méditation, vous comprendrez ce que signifie l’attention.
A la vue d’un objet désirable, vous avez de l’avidité pour cet objet et si
quelqu’un vous offense, vous vous mettez en colère car vous n’êtes pas encore
libéré de ces émotions malsaines. L’attention est bien utile et aide à les
maîtriser. Ces émotions malsaines perdent de l’ampleur et s’estompent. Elles
ne sont pas sans contrôle comme chez la plupart des gens. Ces émotions
malsaines ne sont pas suffisamment fortes pour permettre au Sotapanna d’être
capable de faire du mal. D’où l’importance
de l’attention dans l’entraînement spirituel du méditant sur la Noble Voie.
La pratique de l’attention doit commencer quand le méditant vit dans le
monde. La pratique de l’observation de tous les phénomènes physiques et
mentaux naissant des six sens se nomme Satipatthana (les quatre fondements de
l’attention). Satipatthana signifie pleine conscience des évènements
physiques et mentaux qui apparaissent. Cela peut être facilement pratiqué
aussi. Nous enseignons cette méthode simplement comme l’a fait le Seigneur
Bouddha : « Sachez que vous marchez quand vous marchez ». C’est une
instruction simple du Bouddha dans le Satipatthana sutta. Cela ne présente
aucune difficulté de dire que l’on doit savoir que l’on marche. L’instruction
est si simple que chacun peut la mettre en pratique. Il y a des gens qui
disent que le méditant devrait éviter de dire «Je marche » mentalement
car cela implique une sorte de croyance en l’ego. Il y a trois différentes
croyances en l’ego ou le soi. La première est la croyance en soi d’une âme.
La seconde est la croyance basée sur la fierté et l’orgueil, tandis que la
troisième est le soi en tant que terme conventionnel pour parler de la
première personne au singulier afin de la différencier d’autres personnes. Le
soi ou « je » n’a pas de rapport avec l’illusion ou l’orgueil.
C’est un terme habituellement utilisé même pour parler du Bouddha et des
Arahats. Ainsi nous donnons
l’instruction aux méditants de noter mentalement tous les phénomènes dans les
termes conventionnels, par exemple de noter « marcher » dès qu’ils
commencent à marcher. Mais quand la concentration se développe, tous ces
usages conventionnels disparaissent et ne reste que la réalité de chaque
chose apparaissant et disparaissant sans cesse. Les gens qui n’ont
jamais médité peuvent avoir des doutes, mais cela est dû à leur manque
d’expérience. Moi aussi j’étais sceptique à un moment donné. Je n’aimais pas
la méthode du Satipatthana car elle ne faisait pas mention de nama-rupa,
anicca, anatta, etc… Mais le professeur qui enseignait la méthode était un
moine élevé, j’ai donc décidé de faire un essai. Au début je fis peu de
progrès parce que j’avais toujours un doute qui subsistait au sujet de la
méthode qui, selon moi, n’avait rien à voir avec la réalité ultime. Ce n’est seulement
plus tard, après avoir suivi la méthode sérieusement que sa signification
m’est apparue. J’ai réalisé ensuite que c’est la meilleure méthode de
méditation puisqu’elle demande de l’attention pour que chaque chose soit
connue. Par conséquent, le Bouddha décrit la méthode de Satipatthana comme
l’unique voie. Au début, le
méditant observe surtout au niveau matériel et note « marcher »
« se pencher », etc… Puis, comme sa concentration se développe, il
devient conscient de tous les phénomènes physiques et mentaux apparaissant
aux six sens. Finalement il est uniquement attentif à l’incessante
disparition des objets des sens et de la conscience. Ainsi, il ne trouve rien
de permanent, plaisant et satisfaisant, rien qui ne soit valable pour la
croyance en ego. Dans notre centre
de méditation, le méditant commence l’exercice de l’attention en notant
mentalement la montée et la descente du ventre quand il inspire et expire.
Ensuite il note tous les évènements mentaux comme penser, sentir, imaginer,
etc… Le méditant qui garde son esprit fermement occupé de cette manière peut
en temps utile devenir conscient de tous les évènements physiques et mentaux
qui apparaissent lorsqu’il voit, entend, etc… Il pratique donc en accord avec
le sutta Ariyavasa qui met l’accent sur le besoin de contrôle et d’attention. Notre méthode de
méditation ne nécessite pas une connaissance approfondie de nama-rupa, anicca
et autres concepts bouddhiques. Notre principale préoccupation est d’accéder
à la connaissance de la Vérité qui n’est accessible que par une approche
expérimentale. Au travers de ses expériences, le méditant voit la distinction
entre l’esprit et la matière et il réalise l’impermanence de toute chose.
L’expérience peut être complétée par une explication du professeur. La réelle
connaissance n’a rien à voir avec les notions préconçues, elle est basée sur
l’expérience personnelle. La connaissance
expérimentale acquise par le méditant est claire et distincte. Il ne voit
rien d’autre que la disparition de chaque chose. Cela est appelé bhanga-insight
qu’il n’apprend pas d’écritures ou d’un professeur, mais par expérience. S’il
continue à méditer, il devient de plus en plus attentif jusqu’à ce que son
attention devienne parfaite à la dernière étape de la Noble Voie. L’attention est
extrêmement importante. Elle conduit à développer la concentration et à
affiner l’intelligence. Cela signifie être vigilant et vivre dans le domicile
des Ariyas, ce qui nous protège des dangers des existences du samsara. Afin
de vivre dans la demeure des Ariyas vous devez en être digne en termes de
foi, volonté et effort. Il est impossible
de faire quoi que ce soit sans foi ou conviction. Vous ne pratiquerez
l’attention que si vous croyez que cela vous aidera à développer la
connaissance de la vérité. Cependant la foi elle-même ne le fera pas. Vous
avez besoin également d’une forte volonté et d’un effort tenace pour
atteindre Nibbana. Posséder ces qualités est essentiel pour réussir dans la
pratique de l’attention. La sécurité est la demeure des Ariyas. L’attention, même
pour quelques instants assure la protection contre les dangers du samsara,
tel qu’illustré dans l’histoire de Tambadathika. Tambadathika était
en train de boire un verre de lait quand apparu thera Sariputta qui venait apparemment
chercher de la nourriture. Du fait de sa forte foi Tambadathika lui offrit
immédiatement son verre de lait. Après l’avoir bu le thera donna un discours
sur la tournée d’aumônes, la moralité, la méditation et la Noble Voie.
Tambadathika ne pouvait pas bien suivre le discours parce qu’il fut pris de
remords en se souvenant de mauvaises actions qu’il avait commises dans le
passé. Il fit part au thera de son mécontentement. Questionné par le
thera, Tambadathika dit qu’il n’avait pas commis ces mauvaises actions de
lui-même, mais qu’il suivit les ordres du roi. Sariputta répondit « dans
ce cas, ces méfaits sont-ils les vôtres ? ». Cette question était
intelligemment posée pour soulager sa conscience. Ainsi, son angoisse
commença à s’estomper, il fut capable de penser au sermon du thera et finit
par atteindre le stade de connaissance nommé anulomañana. Les commentaires du
Dhammapada l’identifient au plus haut stade d’équanimité. Il est dit que les
bodhisattas pratiquent la méditation jusqu’à ce qu’ils atteignent
anulomañana. Cela signifie l’achèvement total de la Voie et des ses résultats
(phala). Le développement
spirituel ne s’arrête pas à l’atteinte d’anulomañana. De plus, un bodhisatta
peut atteindre le but de la Voie uniquement dans sa dernière vie, lorsqu’il
est sur le point de devenir un Bouddha. Il ne peut pas l’atteindre dans ses
vies précédentes. Donc, l’attribution d’anulomañana aux bodhisattas est le
stade avancé de l’équanimité et il en fut ainsi pour Tambadathika. Tambadathika devint
attentif du fait de son expérience spirituelle. Bien avant cela, il fut tué
par une vache. Sa mort devint un sujet de conversation pour les moines. Ils
furent très surpris quand le Bouddha leur dit que l’homme avait repris
naissance au paradis Tusita, car en dépit de mauvaises actions commises dans
le passé, son attention durant les derniers moments de sa mort l’avait
protégé des dangers des mondes inférieurs. L’attention, face à
la souffrance ou la mort, est très importante car elle aide à diminuer la
douleur et assure une bonne renaissance. Le méditant qui cherche à la
développer a besoin de quatre supports. Premièrement il a besoin de
vêtements, de nourriture, de médicaments et de logement. Il en a besoin, non
par avidité pour le plaisir, mais parce que ce sont les besoins fondamentaux
de la vie. Rejeter ces nécessités fondamentales est l’ascétisme qui avait été
pratiqué par certaines personnes en Inde il y a longtemps. En fait le
bodhisatta lui-même y a eu recours, mais ensuite il l’abandonna en réalisant que
cela n’était pas fondé. La voie du Bouddha est la voie du milieu, entre
l’ascétisme et l’attachement aux plaisirs des sens. Le second support
du méditant est la détermination de son esprit quand il observe les douleurs
physiques et mentales. Il est prêt à faire face aux épreuves et même à la
mort, pour atteindre la connaissance de la Voie. La méditation n’altère pas
la santé ; au contraire elle est bénéfique comme cela a été le cas pour
beaucoup de méditants qui ont retrouvé la santé après avoir médité quelque
temps. Il y a le cas d’une femme qui en méditant fut débarrassée d’une tumeur
à l’utérus, n’ayant ainsi pas à être opérée comme cela lui avait été
conseillé par son médecin. Le méditant doit
supporter la douleur autant qu’il peut. « La patience mène à
Nibbana » dit un proverbe birman. Si un méditant n’arrête pas de gigoter
impatiemment lorsqu’une sensation déplaisante apparaît, il ne pourra pas se
concentrer et sans concentration il ne peut pas accéder à la connaissance de
la Voie. La patience et la détermination sont donc des supports pour le
méditant. Le troisième
support pour le méditant est l’évitement. Il devrait éviter toutes sortes de
dangers. Il ne doit pas prendre de risques inutiles en allant dans des
endroits inappropriés. Il ne doit pas se surestimer et être téméraire. Il
doit être tout spécialement sur ses gardes, notamment dans ses relations
proches avec le sexe opposé. En bref, il doit éviter tout ce qui lui ferait
probablement du mal physiquement ou moralement. Le quatrième
support du méditant est le rejet de pensées malsaines qui ont tendance à le
rendre malicieux et agressif. Il est difficile de vaincre ces mauvaises
pensées, car en général nous aimons penser à ces choses ainsi qu’aux
personnes que l’on aime ou hait. Le méditant doit
observer ces pensées et les rejeter. Il n’est pas facile pour certains de le
faire parce qu’avant d’avoir méditer ils avaient l’habitude de laisser leur
esprit vagabonder librement. Regarder chaque pensée est bien sûr pour eux un
fardeau, mais en fait il suffit de deux ou trois jours d’efforts pour prendre
l’habitude d’observer. Les étrangers qui
viennent dans notre centre de méditation aiment beaucoup lire et écrire, ce
qui entraîne de nombreuses pensées et n’aide pas à développer l’attention.
Nous leur demandons donc de ne pas lire ni écrire. Ils n’aiment pas cette
restriction, mais ils s’y conforment et par la suite trouve cela bénéfique
pour l’entraînement de l’esprit. Une fois, un méditant étranger, M. Duval,
qui passa plusieurs mois au centre était tellement impressionné par la
méthode Satipatthana qui l’avait aidé à atteindre des degrés de connaissances
de la Voie, qu’il pensait que cela serait également bénéfique à beaucoup
d’étrangers qui n’ont pas la paix intérieure malgré leur prospérité matérielle. C’est par
l’attention continuelle que le méditant s’efforce d’éradiquer les cinq
empêchements (nivaranas) : plaisirs des sens, colère, paresse, agitation
et doute. Cela empêche l’atteinte de Nibbana et leur suppression est le
premier ariyavasa dhamma. Le plaisir des sens
est le désir pour des objets des sens plaisants comme les vues, sons, odeurs,
etc.. Ici objet des sens signifie non seulement l’objet qui cause directement
la sensation plaisante, mais aussi les autres objets qui y sont associés. Ainsi,
l’objet des sons fait référence à un homme qui parle, aussi bien qu’à un
instrument de musique. L’odeur, en tant qu’objet des sens est représentée par
des parfums et les êtres humains qui les utilisent. En bref, tous les objets
désirables sont des objets des sens. L’amour pour des
objets plaisants est la cause de conflits entre les gens et les nations.
L’homme moderne aime déjà excessivement les plaisirs des sens et pour lui
c’est le summum de la vie, quelque chose à être recherché le plus possible sans
considération morale. Selon le Bouddha, le désir sensuel est comme une
créance qui garde l’homme esclave. Comme un débiteur doit être asservi par
son créditeur, ainsi l’est l’homme envers l’objet de son désir sensuel. Si
c’est un objet inanimé, il doit le manipuler avec soin et le mettre sous clé.
Si c’est une femme qui attise son désir sensuel, il doit éviter de faire ou
dire quoi que ce soit qui pourrait lui déplaire. Ne pas avoir de désir
signifie être libre d’inquiétude ou d’angoisse au sujet de tout objet désiré
ou être humain. La meilleure façon d’éradiquer le désir est de l’observer
constamment. Vous devriez focaliser votre attention sur le désir avec
persévérance et une forte volonté ; cela le fait généralement
disparaître et vous êtes assuré d’une place dans la demeure des Saints. Ceux qui sont en
dehors de la demeure des Saints restent attachés aux objets des sens et
parfois cet attachement est un désastre pour eux après leur mort. Du temps du
Bouddha un moine était tellement attaché à sa robe, qu’à sa mort il devint un
pou à l’intérieur de sa robe. Une telle histoire peut provoquer la moquerie
des personnes sceptiques qui disent qu’une graine de tamarin ne peut produire
rien d’autre qu’un tamarin, de même qu’un homme ne peut pas renaître dans une
autre forme d’existence. Ces arguments ne sont pas en accord avec
l’enseignement du Bouddha. En fait il n’y a
pas d’être et la vie signifie seulement un processus de conscience et de matière.
Ces deux consciences sont un facteur déterminant. Donc, selon la doctrine de
l’origine interdépendante, à cause de l’ignorance les formations karmiques
apparaissent, qui à leur tour conduisent à la conscience, et ainsi de suite.
Quand il y a une nouvelle vie, ce n’est pas le corps de l’existence
précédente ou son potentiel, mais la force de la conscience qui naît. De plus, il n’y a
pas non plus de conscience grande ou petite. L’esprit d’une personne
ordinaire ne diffère pas de celle d’un animal. Il peut descendre dans les
plans inférieurs comme quelqu’un qui devient fou ou victime de la rage. En
bref, il n’est pas impossible pour quelqu’un d’aller dans les plans
inférieurs d’existence après sa mort. L’esprit pur d’une
personne mourante remplie de foi, de bienveillance, etc… assure une bonne
renaissance, tandis qu’un esprit impur rempli d’avidité, de haine, etc… mène
aux mondes inférieurs. Nous n’avons pas
besoin de nous demander comment la conscience peut atteindre un endroit si
éloigné comme le paradis ou l’enfer. La conscience n’a pas de substance et
donc la distance n’a pas d’importance. La mort signifie la disparition du
dernier moment de conscience et l’apparition d’une nouvelle conscience. Pour
une personne mourante le dernier moment de conscience est crucial, car s’il
est mauvais, il conduit dans un monde inférieur malgré un comportement moral
pur. C’est pourquoi le
Bouddha recommande aux moines d’avoir une bonne attitude envers la
nourriture, les robes et le logement. Ils ne doivent les utiliser que pour
leurs besoins et éviter les plaisirs des sens. Il est aussi nécessaire de
penser à l’impermanence et à l’absence de soi vis à vis des plaisirs des sens
afin de vaincre l’attachement à leur égard. Mais la meilleure chose à faire
est d’observer l’apparition des désirs et de les rejeter. Cette instruction
est importante aussi pour les personnes laïques qui ont divers attachements
et sont soucieux des dangers après leur mort. Ils peuvent être libres de tels
dangers grâce à la pratique de l’Ariyavasa dhamma. Tout d’abord ils doivent
avoir la foi et une bonne connaissance des enseignements du Bouddha.
Toutefois une investigation personnelle par la pratique est nécessaire. La plupart des
moines qui étaient avec le Bouddha ont atteint divers stades d’éveil parce
qu’ils pratiquaient la médiation Satipatthana avec ardeur. Ils n’étaient
jamais inattentifs. Leur calme et leurs bonnes manières impressionnaient même
les autres méditants qui ne suivaient pas les enseignements du Bouddha. Un méditant nommé
Kandaraka leur rendit un grand hommage pour leur grâce et leur maîtrise. Son
compagnon nommé Pessa en fit de même. Il appréciait les enseignements du
Bouddha qui changeaient les personnes malhonnêtes et hypocrites, mais il
était tellement préoccupé par ses affaires qu’il n’avait pas pu écouter les
sermons du Bouddha jusqu’à la fin ou pratiquer son enseignement complètement. Il y a d’autres
raisons pour lesquelles des personnes comme Pessa n’ont pu atteindre un des
stades de la Voie Sainte. Ils n’ont pas eu un bon professeur et une bonne
connaissance du Dhamma (son enseignement). L’association avec un mauvais ami
ou un mauvais professeur est désastreuse, comme ce fut le cas pour le prince
Ajatasattu qui tua son père à la demande de son professeur Devadatta. Un bon professeur,
un bon ami et une bonne connaissance du Dhamma permettent de comprendre qu’il
est nécessaire d’être attentif pour éradiquer les impuretés (kilesa). Nous devons
observer et noter toute sensation qui naît du contact avec le monde extérieur.
Nous devons noter les sensations de notre corps quand le corps, les mains,
etc… font n’importe quel mouvement. Nous devons également être conscients de
notre processus mental. En étant conscient de tous les évènements mentaux
nous pouvons nous protéger nous-même contre les mauvaises pensées et
émotions. Bien qu’il y ait 10
Ariyavasa dhamma, l’attention suffit et nous assure d’atteindre l’éveil . En
fait, c’est la clé de voûte de l’enseignement du Bouddha. Ceci est clairement
explicité dans les dernières paroles du Bouddha : « Moines, voici
mon dernier conseil : toutes les choses composées sont vouées à la
destruction. Travaillez pour votre propre salut en étant attentifs ». Toutes les choses
composées sont impermanentes. Beaucoup de gens ne prennent pas ce fait au
sérieux. Au contraire, ils croient en leur identité et que leur ego est
permanent. En général l’homme croit qu’il peut vivre longtemps avec sa
vitalité et son corps. La libération de l’existence,
qui est conditionnée, impermanente et insatisfaisante, signifie Nibbana, et
le moyen d’y parvenir réside dans les dernières paroles du Bouddha :
« Pratiquez jusqu’à obtenir une attention continue ». Les commentaires
décrivent ce conseil comme l’essence de l’enseignement du Bouddha. C’est en
réalité la clé de voûte du sutta Ariyavasa qui souligne la prime importance
de l’attention. Par la pratique de l’attention le méditant atteint le premier
stade de la Noble Voie : Sotapanna et il devient libre pour une grande
part du désir qui mène aux mondes inférieurs. Le second obstacle
sur la voie est la malveillance : vyapada. C’est comme une maladie qui
créé l’aversion et rend la personne malade et apathique. La malveillance nous
rend irritable, de mauvaise humeur et suspicieux. Nous n’avons même pas
confiance en nos amis. Une personne qui a de la malveillance en elle doit se
considérer comme souffrant d’une maladie car les effets en sont désastreux. Certaines personnes
paraissent être bienveillantes tant que tout va bien, mais si quelque chose
de désagréable survient, elles perdent leur bonne humeur. La malveillance est
la cause de la discorde, des querelles et du mécontentement des gens. Nous
avons tendance à avoir de la malveillance envers les membres de notre
famille, nos collègues, nos voisins et pourtant ce sont les gens sur lesquels
nous pouvons compter en cas de problèmes. Afin d’instaurer
l’unité, l’harmonie et la compréhension mutuelle, nous devons nous garder de
la maladie qu’est la malveillance. Si la maladie nous infecte, elle doit être
rapidement traitée. Quand vous êtes en colère, notez mentalement votre colère
et débarrassez-vous en. Vous ne devriez pas la laisser infecter vos paroles
et votre comportement. Le troisième
obstacle sur la voie est la somnolence ou la paresse. Un homme paresseux ne
cherche pas à comprendre le Dhamma ou à le pratiquer et il manque
l’opportunité de faire les progrès spirituels que les méditants font quand
ils méditent énergiquement. Le quatrième
obstacle est l’agitation et l’inquiétude : uddhacca kukkucca. Ici
l’agitation signifie que l’esprit vagabonde, tandis que l’inquiétude signifie
les remords pour les fautes commises. Ces deux états mentaux doivent être
éliminés car ils sont un obstacle au progrès sur la voie spirituelle. Le dernier obstacle
est le doute : vicikiccha. C’est douter du Bouddha, du Dhamma et de la
Sangha. En général une personne qui a beaucoup de doutes hésite tellement
qu’elle n’accomplit rien. Le contraire du doute est la foi, la confiance qui
pousse le méditant à suivre les instructions de son professeur en accord avec
le Bouddha et le Dhamma. Le méditant peut
observer chacun des cinq agrégats, c’est-à-dire les cinq groupes des éléments
physiques et mentaux compris dans l’être humain. Mais il vaut mieux observer
la montée et la descente de l’abdomen qui indiquent l’élément de mouvement.
Les trois autres éléments sont la dureté, la chaleur ou le froid, et l’eau. Nous devons
commencer la méditation par ce qui est évident et facile. C’est pourquoi le
Bouddha a enseigné la méditation sur les quatre postures du corps. Il
demandait à ses disciples d’être attentifs quoi qu’ils fassent. C’est un
conseil si simple que certaines personnes ne le prennent pas au sérieux, mais
ceci est dû à leur manque d’expérience. Le manque d’expérience conduit au
doute qui est un des cinq obstacles. Les obstacles empêchent les bonnes
pensées de se manifester. Les bonnes pensées et les mauvaises pensées
n’apparaissent pas en même temps. Vous avez de bonnes pensées quand vous êtes
attentifs et de mauvaises pensées quand vous n’êtes pas attentifs. Le manque
d’attention est en grande partie dû aux obstacles et les méditants sont en
général perturbés par le doute, l’inquiétude, le désir, etc… Il y a des gens qui
ne veulent pas méditer car ils comptent sur leurs offrandes, l’observation
des préceptes moraux et la récitation de prières pour la pureté de leur
esprit, mais ils sont vite désillusionnés quand ils se mettent à méditer car
ils sont harassés par des pensées impures. Une personne qui
n’est pas attentive ne peut pas avoir une moralité pure car elle n’est jamais
réellement consciente du caractère de ses pensées. Les désirs des sens, la
haine, la malveillance, etc… leur échappent. C’est seulement par la
méditation que nous pouvons savoir si l’esprit est pur ou non, s’il est libre
de la colère, de l’avidité, etc… L’introspection
répétée aide à purifier l’esprit de ses impuretés. Le méditant devient
conscient des sensations douloureuses qui ont tendance à déprimer l’esprit et
entraînent l’irritation. Comme le méditant observe les tensions, les
douleurs… il réalise la nature des sensations douloureuses et il en est de
même des sensations agréables et neutres. C’est la caractéristique de
l’esprit ou de la conscience de connaître l’objet des sens qui lui correspond
car il y a différentes sortes de conscience, chacune dépendant du contact
(voir, entendre…) avec les différents objets des sens (sons, odeurs…). L’apparition et la disparition
sont le signe de l’impermanence. Si une chose n’apparaît pas, elle ne peut
être impermanente et si une chose apparaît et existe pour toujours elle ne
peut pas être impermanente non plus. Toute chose a un commencement et une
fin. La compréhension de
la loi de l’impermanence conduit le méditant à réaliser la compréhension de
la souffrance (dukkha) et du non soi (anatta). Ces trois caractéristiques de
l’existence sont interdépendantes et quand on voit anatta, on est près de
Nibbana. Mais « voir » anatta ne signifie pas l’acceptation
intellectuelle, mais la compréhension par la méditation. Après avoir compris
l’impermanence par l’introspection, le méditant cesse de réfléchir et note
plutôt les phénomènes physiques et mentaux et sa compréhension s’approfondit.
Il peut voir notamment le début et la fin de chaque phénomène. Il voit des
lumières et expérimente la joie, la sérénité, un accroissement de la foi et
un état de conscience élevé. Cependant, le méditant ne doit pas confondre ces
expériences avec la paix de Nibbana. Il doit les noter et les dépasser. Alors qu’il
continue à méditer, il parvient à voir les disparitions incessantes des
choses. Quand il observe un objet, il ne pense plus à sa forme, à sa
dimension ou à sa qualité. Il voit chaque chose, l’objet, son esprit, etc…
disparaître sans cesse. Ceci est appelé bangañana. Parce qu’il voit chaque
chose disparaître, il est pris de peur, c’est bhayañana. La peur conduit à
reconnaître les mauvais aspects de l’existence conditionnée : adinavañana.
Ainsi, le méditant se dégoûte de la vie : nibbidañana. Parce qu’il est
désillusionné, il veut être libre : muncitukamayatañana. Et pour cela,
il doit avoir recours à l’observation : patisankañana. Cela conduit à la
pleine compréhension des trois caractéristiques de l’existence anicca, dukkha
et anatta : sankharupekkhañana. Par cette compréhension, le méditant
atteint l’équanimité vis-à-vis des six sens que le Bouddha décrit comme
suit : « Oh moines,
le moine qui a vu un objet visible de ses yeux n’est ni content ni mécontent.
Son esprit est équilibré, nullement affecté par l’attachement ou par
l’aversion, parce qu’il a l’attention juste ». Le méditant est
imperturbable face aux objets des sens et ceci est dû à sont attention juste
et à la compréhension de la nature de l’existence conditionnée avec ses
caractéristiques d’impermanence, de souffrance et de non soi. « Ayant vu
l’objet, le moine le reconnaît avec la compréhension juste ». La
compréhension juste ne cause jamais le plaisir ou le déplaisir. Le méditant
est complètement équanime dans son contact avec le monde extérieur, c’est la
caractéristique de l’Arahat, et il est possible au méditant de la posséder.
Il peut l’obtenir quand il atteint tous les stades successifs de la voie par
des efforts ardents. |
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